Homélie du Père Didier AFFOLABI, Recteur du Grand Séminaire Saint-Gall de Ouidah à la fête de N-Dame de Lorette

Homélie du Père Didier AFFOLABI,  Recteur du Grand Séminaire Saint-Gall de Ouidah à la fête de N-Dame de Lorette

(Ouessè, Mercredi 10 décembre 2014)

 

Chers Pères Concélébrants

Chers Religieux et Religieuses

Chers étudiants

Chers novices et postulantes

Chers frères et sœurs dans le Seigneur

 

Permettez-moi avant tout propos de dire ma reconnaissance au père Luigi pour son mot de bienvenu. Je voudrais aussi dire merci au Père Giulio PIERANI, Supérieur de la Fraternité Notre-Dame de Lorette, pour l’honneur que me font son Conseil et lui, de m’inviter à présider cette Eucharistie qui couronne la traditionnelle fête patronale du 10 décembre, Fête de Notre-Dame de Lorette à qui la Fraternité est pleinement dédiée.

Je salue et je dis toute ma gratitude à tous les accompagnateurs et formateurs de cette maison. Merci pour la part importante et efficace que vous prenez dans la formation de nos jeunes frères, étudiants d’ici et du Séminaire Saint-Gall de Ouidah. Que Notre-Dame de Lorette nous aide tous. Qu’elle nous éclaire et nous guide dans notre délicate tâche de discernement des vocations.

Célébrer sa fête patronale, c’est célébrer son protecteur.

Célébrer la fête patronale à la ‘‘Fraternité des Capucins’’, c’est célébrer et honorer Marie Notre-Dame de Lorette qui a su écouter Dieu et accepter la mission qu’il lui a confiée.

Célébrer la fête patronale à la ‘‘Fraternité des Capucins’’,  c’est aussi intérioriser l’esprit de notre fondateur qui est en quelque sorte notre maître c’est-à-dire le ‘‘phare’’ qui éclaire sur le chemin de la foi en Jésus, celui à travers qui nous voyons la lumière du Christ qui oriente et guide nos actions, notre mission.

C’est pourquoi, sans être un spécialiste en la matière, je voudrais me permettre, en m’inspirant des textes liturgiques de ce jour, et, m’appuyer sur la spiritualité franciscaine pour mettre en relief quelques aspects concrets de la piété mariale de Saint François notre fondateur et nous aider à redécouvrir à travers Marie, notre identité religieuse et notre mission dans l’Eglise et dans le monde.

La prophétie de l’Emmanuel que nous rapporte la 1ère lecture que nous venons d’entendre se situe dans un contexte historique précis : le roi Achaz, encerclé par la coalition du roi Damas et du roi de Samarie, s’affole totalement et est tenté d’offrir son propre fils en sacrifice. Isaïe va le voir et lui demande de ne pas craindre : s’il garde « foi » en Dieu, sa dynastie est assurée d’une promesse divine. Dieu lui-même se propose d’intervenir : un « enfant » est annoncé, un nouvel héritier du trône de David. Ce fils promis par Dieu, ce sera Ezékias, le roi pieux qui régnera sur Jérusalem.

Mais derrière ce contexte historique, se profile le Messie qui naîtra de Marie, cette Femme unique qui a mis Dieu à portée de notre condition humaine, mais qui, bien plus encore nous a donné pour frère le Seigneur de toute majesté ; cette Femme dont Saint François se plaît à invoquer comme Mère de toute bonté qui a conçu le Verbe plein de grâce et de vérité et qu’il qualifie encore de « Domina pauper » (la pauvre dame).

Le culte de marial chez Saint François ne se résume pas en des formules de prières ou de louanges. « Il débouche en une préoccupation de  faire sienne en tout, l’attitude de Marie à l’égard de la Parole de Dieu, du Verbe de Dieu. Tout commence d’abord par une conception (concepit) : à l’instar de Marie, l’homme doit recevoir en lui la Parole de Dieu, l’accueillir avec une foi obéissante, s’en pénétrer totalement. Ensuite, une conception (concepit) doit aboutir à un enfantement (peperit) : toujours comme Marie, l’homme doit, dans la soumission de sa foi, engendrer la Parole de Dieu, lui donner vie et forme » (KAJETAN ESSER, Thèmes spirituels, p. 162).

La pauvreté que Marie a partagée au cours de sa vie terrestre avec le Christ, son Fils impressionnait profondément François. Cela l’a conduit à aimer les pauvres. Même si matériellement il n’avait pas les moyens de leur venir en aide, il leur donnait au moins le témoignage de son affection. Il voyait souffrir le Christ dans chaque misère rencontrée ; il reconnaissait dans tous les pauvres le Fils de Notre-Dame qui fut pauvre. François voyait en Marie celle qui aime par-dessus tout, la vie évangélique de pauvreté. A son avis, elle attachait plus de prix à une telle vie qu’à toute marque extérieure de vénération.

La piété mariale de François n’était pas dans sa vie un corps étranger et isolé. François était uni consciemment à la Mère de Dieu, en toute sa vie intérieure et extérieure. Cette union, il a su l’exprimer à la façon de son temps et à sa propre manière, si personnelle.

L’occasion nous est offerte encore  aujourd’hui, chers amis de nous interroger sur la qualité de notre dévotion à Marie. Marie est-elle encore pour nous un modèle d’humilité, d’obéissance et d’abandon entre les mains du Seigneur ?

L’évangile de l’Annonciation que nous avons écouté aujourd’hui nous aidera peut-être à répondre à ces interrogations. Il nous apprend comment Dieu a introduit la Vierge Marie, humble femme de la terre, dans le Mystère du Salut en faisant d’elle la Mère du Sauveur.

L’ange lui annonce de la part du Seigneur qu’elle sera mère. Au lieu du classique « pourquoi moi ? », elle demande « comment moi vais-je avoir un enfant puisque je suis vierge? ». Elle demande comment, puisqu’elle n’a pas fait le nécessaire pour provoquer un tel événement.

Ce qu’il y a d’admirable, c’est que tout spontanément, Marie pense que les raisons des choses, leurs explications appartiennent au Seigneur. Elle est tout à fait libérée des « pourquoi» qui nous encombrent parce que nous comptons terriblement pour nous-mêmes et que nous voulons contrôler ce qui se passe. Nous voulons comprendre ; Marie nous apprend ici à poser l’unique question qui devrait nous préoccuper: «comment le dessein du Seigneur va-t-il s’accomplir alors que je n’ai pas les capacités nécessaires pour cela?» C’est exactement ce que demande Marie.

Puis, après la réponse de l’ange qui affirme que le Seigneur peut le faire et lui parle de sa cousine, elle prononce sa deuxième phrase: «Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole ».

En fait, elle n’avait pas besoin d’explication, elle n’en a d’ailleurs pas eu ; elle avait besoin de savoir ce qu’on attendait d’elle et c’était la confiance, l’abandon à ce que le Seigneur réaliserait en elle; il le réaliserait aussi sûrement que cela avait été fait pour Elisabeth, la vieille cousine. Elle accepte donc d’être dans la confiance qu’on lui demande. Par sa réponse à l’ange Gabriel le jour de l’annonciation, Marie s’est offerte corps et âme, pour bâtir la Cité du grand Roi, du Christ Jésus, le Fils de David. Elle accepte ainsi de coopérer à la réalisation de l’œuvre de la Rédemption du monde.

A chacun de nous le Seigneur confie, ou veut confier une mission particulière dans la réalisation de cette œuvre. Il exige notre participation mais il veut aussi que nous soyons bénéficiaires de ce salut. « Dieu, qui nous a créés sans nous, écrit Saint Augustin, ne nous sauvera pas sans nous. » L’initiative part de lui. Par pur amour, il a décidé de nous arracher  à notre misère, et même, si invraisemblable que cela paraisse, de nous élever à la dignité de fils. Mais, pour cette œuvre, il a besoin de nous.

En cette fête de N-Dame de Lorette le Seigneur interpelle encore chacun de nous.  Il sollicite notre collaboration. C’était l’invitation faite par l’Ange à Marie : elle devait, dans le plan de Dieu, lui permettre de se faire homme en la personne de son Fils. Ainsi chacun de nous est-il invité à donner à Dieu la possibilité d’incarner en nos vies d’hommes son mystère d’amour et de le réaliser.

Il demande une réponse libre.  Il n’impose rien: il propose. C’est que, pour une œuvre d’amour, il faut un pur élan d’amour. Le salut, œuvre d’amour par excellence, ne saurait être une tâche de mercenaire. Le « Oui» de Marie a jailli spontanément de son cœur. Est-ce une réponse de cette qualité que nous sommes disposés à donner à Dieu?

Car il nous faut donner une réponse sans réserve qui engage toute la vie.  A partir de son « oui », la Sainte Vierge a été tout entière consacrée à la réalisation des volontés divines. Le «oui» que Dieu attend de nous, chrétiens, doit être un oui total, absolu, un oui sans réticence. Un oui qui défie toutes les logiques, bouscule tous les conformismes, rabroue toutes les sagesses humaines. A chacun de nous, le Seigneur confie une mission particulière. A l’exemple de Marie, notre Mère, engageons-nous sans crainte ni réserve dans la plus grande  « Aventure de l’Amour ».

Que Notre-Dame de Lorette que nous célébrons aujourd’hui intercède pour nous afin que nous soyons capables de nous engager dans l’humilité et la confiance au service de l’Amour Rédempteur ! Amen !